lundi 21 juin 2010

Pas d'art sans liberté



Il était une fois une enseignante Janine Kotwica, spécialiste du livre pour enfants qui eut la bonne idée de rassembler pour une exposition des dessins d’illustrateurs de renom, dessins préexistants ou commandés pour l’occasion. Le titre sulfureux de cette exposition étant : Pour adultes seulement : quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands. 
Las, c’étaient des dessins érotiques ! L’exposition a beau avoir été commandée par le directeur de la bibliothèque départementale de la Somme qui est rappelons-le un établissement qui ne reçoit pas d’enfant, mais uniquement les bibliothécaires relais des petites communes rurales du département ; les œuvres ont beau avoir été présentées au directeur du développement culturel du Conseil général de la Somme ; l’affiche de Léo Kouper a beau avoir été validée parmi cinq propositions par les interlocuteurs départementaux… Cela n’a pas empêché Monsieur Minable (pardon pour la faute de frappe, il faut lire Manable) ci-devant président socialiste du Conseil général de la Somme d’interdire à 11 jours de son inauguration cette exposition.
Voici le communiqué de l’Observatoire de la Liberté d’expression de la Ligue des droits de l’homme :
«Le conseil général de la Somme se couvre de ridicule en censurant une exposition de dessins
L’exposition « Pour adultes seulement : quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands », qui devait se tenir à la bibliothèque départementale de la Somme, à Amiens, du 19 mai au 19 juillet, a été annulée, à onze jours de son inauguration, par le président du conseil général de la Somme, alors qu’elle était programmée depuis plus d’un an.
Le directeur de la bibliothèque a passé commande de cette exposition à Janine Kotwica, enseignante et spécialiste du livre pour jeunes. Vingt-six dessinateurs de renom y participaient, pour une soixantaine d’œuvres de grande qualité dues à Lionel Koechlin, Bruno Heitz, Nicole Claveloux, Tomi Ungerer… Le résultat, validé par le directeur, était une exposition d’un érotisme chaste et malicieux. Qui aurait pu s’offusquer de découvrir qu’André François, qui amuse les enfants depuis un demi-siècle avec ses Larmes de crocodile, avait aussi réalisé des gravures de sirènes aux seins nus, ou que Louis Joos, qu’inspirent ordinairement les musiciens de jazz, peignait parallèlement des corps féminins ? L’affichiste de cinéma Léo Kouper (Jacques Tati, Charlie Chaplin) en avait réalisé l’affiche, qui devait également former la couverture du catalogue. On y voyait un simple pinceau vertical, sur fond rose, pouvant donner l’illusion, de très loin, d’un pubis.
Comment cette idée de censure est-elle venue à Christian Manable, président socialiste du conseil général de la Somme ? Aucune explication officielle n’a été donnée à cette annulation. Le rôle des politiques n’est pas de réprimer les œuvres mais de favoriser leur diffusion. Il appartient au public de juger l’exposition, et les élus doivent laisser le public accéder librement aux œuvres. Le rôle des politiques est aussi de tenir les engagements pris.
L’Observatoire de la liberté de création demande au conseil général de la Somme de revenir sans délais sur sa décision ridicule, et exige que cette exposition puisse ouvrir comme prévu et que son catalogue soit imprimé.
Les artistes, la sensualité et l’humour font notre monde meilleur, bien plus que les censeurs.»
Pas d’art sans liberté

mardi 15 juin 2010

Marche ou rêve


Désormais, ici le 15 de chaque mois, c’est le jour de la photo du mois. Le thème à  traiter en juin est « Sur la route ».
J’ai choisi cette photo prise au cours de la manifestation intersyndicale du 27 mai 2010 à Nice pour la défense du régime des retraites en France.

La route est envahie par les manifestants et leurs banderoles, ici ce sont des lycéens qui renvoient le président à l’école. J’aime bien l’idée d’être sur la route pour faire avancer les choses. Sur la route de la vie, cheminant de l’âge du lycée à l’âge de la retraite... 
Aller voir les contributions des autres blogueurs à cette opération mensuelle : 
olivierAnneVéroniqueVirginieShandaraLooangeJo AnnSandrineFabienneDamienMarieNolwennCélineAnne fra SveitsCéliaCaroGuillaumeMandyTitemCynthiaCarolineDoremiSophieTambour Major et Nathalie
Marche ou crève, marche ou rêve… 

mercredi 9 juin 2010

La rue est un film



Bowery est une rue de New York au sud de Manhattan. Durant les années 1920 et 1930 ce quartier s’est considérablement appauvri, Bowery devenant le symbole de la crise économique et gagnant la réputation d’attirer les alcooliques et les SDF. Entre 1960 et 1980, on y trouvait les loyers les plus bas et le taux de criminalité le plus élevé de Manhattan.
En 1955, le documentariste Lionel Rogosin y tourne On the Bowery qui raconte l'histoire de Ray, un travailleur ferroviaire, et de sa dérive dans ce quartier de clochards à la recherche d'une fête arrosée après un dur labeur, son intégration dans une bande d'alcooliques qui l’aident à dépenser son argent. En tant que nouvel arrivant dans le quartier, il paie sa tournée dans un bar avant de perdre connaissance et de se réveiller pour constater qu'on lui a volé sa valise. A partir de là, Ray commence son voyage jusqu'en enfer... Petits boulots, petites combines, mendicité, vol, tout est bon pour pouvoir se payer un verre de plus à boire.


Influencé par Robert Flaherty et la tradition néo-réaliste italienne, Lionel Rogosin crée un genre cinématographique entre le documentaire et la fiction où le hasard de la vie s’invite dans le film entre vie réelle et scénario écrit après une longue immersion dans le milieu de ces laissés pour compte de la société. Tous les protagonistes du film sont des hommes et des femmes qui vivent depuis des années à Bowery.
Oui, la rue est un film. Et quel film ! Grand prix du documentaire au Festival du film de Venise en 1956, Best documentary of the year au British Film Academy Award en 1956, il reçoit le Robert Flaherty Award en 1957… Ce film vient d’être réédité par Carlotta avec l’aide de la cinémathèque de Bologne. Le DVD contient de plus de remarquables compléments de programme  avec des entretiens avec Lionel Rogosin, un entretien avec Gian Luca Farinelli le directeur de la cinémathèque de Bologne et Une promenade dans le Bowery aujourd’hui.
La rue est un film… à (re)découvrir

mardi 25 mai 2010

Qu sta a maioun noun si bagna

Chaque 15 du mois un groupe de blogueurs publie en même temps une photo relative à un thème commun. Ce mois-ci, il s'agit de "Maison d'ici". Je viens de découvrir et pour m’entraîner je publie une photo de maison d’ici :
C’est la Villa Castor, l’une des villas jumelles (sa voisine s’appelle Villa Pollux) construite sur le boulevard Franck Pilatte qui va du port vers le Cap de Nice. Vestiges de la Belle-Epoque, elles ont été construites vers 1880 et franchement, quand on est si près du bord de mer, il faut vraiment le vouloir pour ne pas en profiter. Qu sta a maioun noun si bagna = qui reste à la maison ne va pas se baigner

mardi 11 mai 2010

Le monde change vous aussi


Depuis quelques mois, je participe au Comité de lecture du Théâtre national de Nice pour lequel j’ai lu le livre suivant :
Sur la corde raide [Texte imprimé] ; suivi de L'enfant perdue : théâtre / Mike Kenny ; textes français de Séverine Magois ; [ill. par Hanno Baumfelder]. - Arles : Actes Sud-Papiers, 2004 (42-Saint-Étienne : Impr. Dumas-Titoulet). - 81 p. : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 21 cm. - (Heyoka jeunesse) (Actes Sud-Papiers, ISSN 0298-0592).
Trad. de : "Walking the tightrope" et : "The lost child"
ISBN 2-7427-5198-X (br.) : 10,50 EUR.
Voici mes notes de lecture pour L’enfant perdue :
Résumé : Un rétameur et sa fille traverse une forêt, le rétameur fait du feu pour éloigner les loups, se réchauffer et faire à manger mais il interdit à sa fille Prunelle de toucher au feu. Prunelle, restée seule à côté du feu, le laisse s’éteindre par respect pour les interdictions de son père. Quand celui-ci revient Prunelle a disparu, il part à sa recherche et interroge tous les personnages rencontrés (oiseau, arbre, grenouille, taupe, loup…). C’est seulement quand il ranime le feu et qu’il promet aux loups d’apprendre à sa fille à connaître le feu et non de le redouter qu’elle lui est rendue.
Avis : Pièce pour jeune public (maternelle et premier cycle du primaire) simple et didactique, avec la même idée déclinée à chaque rencontre avec les différents personnages rencontrés lors de la quête du rétameur. La seule interrogation que j’ai est que le message me semble s’adresser plus aux parents qu’aux enfants !
Et celles pour Sur la corde raide :
Résumé : Esmé comme tous les ans vient voir son grand-père. Mais cette année, sa grand-mère n’est plus là ! « Tous les ans, certaines choses demeurent pareilles et d’autres changent. »
Avis : Pièce pour jeune public (maternelle et premier cycle du primaire) écrite par l’auteur qui venait de perdre son père quand son propre fils avait trois ans. Métaphore sur la vie et la mort, texte assez poétique avec des références constantes à l’univers ludique du cirque et à l’éternel recommencement avec la lancinante présence de la marée. Pièce créée le 24 janvier 2005 à Jouars-Pontchartrain.

Sur la corde raide a été retenue pour être lue par des comédiens du TNN en public dans l’auditorium de la bibliothèque Louis Nucéra le samedi 24 avril à 15 heures. Quelques jours auparavant, des amis parisiens m’ont incité à rencontrer une de leurs amies niçoises, elle aussi. Je l’ai invitée à venir assister à cette lecture, tout en la prévenant du sujet car elle venait de vivre un deuil, son ami s’étant suicidé pendant qu’elle passait quelques jours de vacances à Paris chez nos amis communs. Ce texte que j’ai lu, que je connaissais et que j’imaginais être poétique et pour un public d’enfants ; ce texte entendu, porté par la voix de deux comédiens m’a soudain bouleversé. Je me suis rendu compte que je pleurais, les larmes coulant sur mon visage. La présence de Christèle à mes côté n’y était sans doute pas pour rien. Je pense que c’est la force et la qualité d’un grand et beau texte de s’adresser à chacun, petits ou grands. C’est aussi la magie du théâtre, un texte lu des yeux et un texte dit à haute voix n’ont pas la même résonance. « Tous les ans, certaines choses demeurent pareilles et d’autres changent. »
Le monde change vous aussi

vendredi 19 mars 2010

Personne n'est parfait





Nice le 17 janvier 2010, 6h25
Mon cher François,
Me voici dans le train à nouveau pour un retour vers Digne… Ce train, cette gare, ces matins, ces voyages, ces allers-retours qui me transportent, ces pensées certaines et incertaines d’amour de toi pour moi, comment pourrais-je dire autrement. Ton amour me sauve, il a su me tirer des griffes de mes propres profondeurs abîmables, oui celles qui sont censées abîmer pour toujours, c’est ce que l’on croit une fois qu’on y est et puis quand le vent souffle (toi) il y a comme une peau neuve : cet état que l’on croit indestructible n’est plus. Ça devient un sac que l’on pose parce que trop lourd et puis l’oubli de le reprendre, de le récupérer… C’est plus loin que je me dis l’avoir oublié et c’est trop tard pour le rechercher parce que volé par le temps ou je ne sais qui d’autre. Je suis donc déchargé, oublieux et le souvenir est bon et délectable. Je peux donc retourner sur les traces, sur l’ancien lieu et regarder comme un touriste cet état passé. Je ne veux pas le ranger, le caser dans une case, je veux le laisser courir dans l’espace pour pouvoir dire que ce n’est pas fini, cela pourrait vouloir dire que je m’apprête à recommencer, l’éternelle ritournelle…
Je sens en toi la douleur du sauveur. Tout en sachant et reconnaissant ta joie, ton bonheur, ta grandeur de générosité… ça ne passe pas outre à ma guérison… Nous sommes la rencontre de deux entités où l’on pourrait dire : deux esprits se sont rencontrés, reconnus. Je rajoute. C’est très important pour moi de côtoyer cet espace spirituel, ça dépasse tout, il n’y a aucune fioriture possible, je veux dire que ça ne rentre pas, c’est un pôle d’attraction négatif pour toutes ces fantaisies, ça nous trie, c’est l’impossibilité, l’incompatibilité,…
[Lettre non envoyée mais laissée à portée de regard deux mois plus tard, personne n’est parfait]

Post-scriptum : Le message ci-dessus avait été publié le 19 mars après que j’eusse cessé toute relation avec l’auteur de la lettre et a été retiré le 29 mars 2010 à la demande téléphonique de celui-ci. Mais rien ne permettant de l’identifier, je décide le 9 septembre  2010 de rétablir cette publication qui éclaire les cheminements tortueux de l’âme humaine et des comportements des uns et des autres car personne n’est parfait   

jeudi 11 février 2010

Seulement trois mots


Je t’aime. « Voici le lieu pour s’entraîner à dire le mot, parce que, comme chacun sait, c’est le mot qui fait avancer et c’est le mot qui rend libre. »
Le Petit Robert donne trois définitions principales de ce verbe transitif venu du latin amare. Premier sens : Éprouver de l’affection, de l’amitié, de la tendresse, de la sympathie pour quelqu’un. Deuxième sens : Éprouver de l’amour, de la passion pour quelqu’un. Troisième sens : Avoir du goût pour quelque chose.
Dans les relations humaines (deux premiers sens), la réciproque est de mise. Et il n’est pas évident de passer d’un état à l’autre. J’y suis parvenu assez bien, en tout cas en présence de l’ami aimé. En son absence et pire en son silence, l’état de manque revient et l’inquiétude. Pourquoi ce silence ? Comment va-t-il ? Que lui arrive-t-il ? Qu’est-ce que j’ai fait ou dit qui cloche ?
Alors oui, j’ai besoin de les dire, besoin de les entendre... Seulement trois mots : je t’aime

mercredi 27 janvier 2010

Je cherche la vérité

-->

Bleu
Gris
Gris – gris – bleu – bleu – gris
Je marche dans le brouillard
Je marche
Je marche mais je n’avance pas
Gris – bleu
Il pleut, gris
Et je marche je marche je marche sans avancer
Bleu gris
Gris bleu
Cri, cris, qui crie ?
Peur bleue
Gris bleu
Tout est gris, tout est bleu
Tout est gris bleu autour de moi
Et je marche je marche
Marche, marche sans avancer
Sans reculer. Je marche… Je marche
Mais est-ce que je marche vraiment ?
Je pose le pied droit devant le pied gauche
J’avance le pied gauche
Je le mets devant le droit
Puis le droit devant le gauche
Le droit le gauche
Droit gauche
Droit gauche
Droit gauche
Mais rien ne change
Gris bleu
Tout est gris tout est bleu
Tout est gris bleu autour de moi
Alors pourquoi marcher ?
Je marche, marche, marche
Parce qu’un jour
Je le sais
Je verrai oui, je verrai un arbre
Un arbre VERT
Tout vert
Magnifiquement vert
Au pied de cet arbre
Je m’arrêterai
Pour attendre l’automne
Et voir les feuilles de l’arbre
Jaunir rougir devenir ocres brunes et noires
Dès lors je pourrais repartir
Repartir en chantant
Vers les couleurs
Toutes les couleurs de la vie


Poème publié en 1969 ou 1970 dans le Bulletin programme de la Troupe théâtrale de l’INSA à Villeurbanne (Rhône) on peut dire qu’à cette époque encore je cherche la vérité




vendredi 22 janvier 2010

La vie de tous les jours



Préparer les entrées dans des coupelles mettre des morceaux de tranches de pamplemousse sans peau ni pépin, des cubes d’avocat, verser un filet d’huile d’olive, moudre des cinq épices, remuer et terminer par un filet de crème de vinaigre balsamique. Mettre au frais avant de servir.
Prendre les blancs de poulet, les découper en dés de deux centimètres. Saler, poivrer, arroser d’un filet de citron.
Emincer un oignon, le faire fondre à feu doux dans l’huile d’olive, ajouter les dés de poulet, faire revenir deux minutes, poudrer de safran et de gingembre. Remuer, verser le reste du jus de citron, cinq centilitres d’eau et deux cuillères à soupe de purée de curry. Laisser cuire à couvert dix minutes à feu doux. Retirer le couvercle et poursuivre la cuisson cinq minutes, ciseler un bouquet de coriandre pour recouvrir le poulet. Servir chaud avec un plat de courgettes.
Courgettes fleurs qui auront été lavées et découpées en petites rondelles. Emincer une gousse d’ail, faire revenir à feu vif le tout à l’huile d’olive. Laisser cuire à feu doux dix minutes, rajouter deux minutes avant de servir une tomate finement hachée, saler, poivrer.
C’est ce que j’ai fait pour les derniers amis reçus, il serait bien que je m’astreigne à prendre le temps d’en faire autant chaque jour, plutôt que de me nourrir de soupes en brique, de salades sous vide, de ratatouilles en conserve…
Voilà une bonne résolution pour 2010, faire le marché (bio de préférence) régulièrement, me préparer légumes frais, salades et fruits en variant les menus chaque jour. Faire que chaque repas soit une fête et non une obligation, le tout avec une pensée amicale pour le prescripteur de ce régime. Seul ou avec des amis, la vie de tous les jours

lundi 4 janvier 2010

Des mots des mots des mots des mots des mots





En cette période de l’année, les mots fusent souvent conventionnels ou convenus pour respecter l’usage de présentation des vœux. Alexis en use avec plus d’originalité en écrivant :

« Je vous souhaite des rêves fous à n'en plus finir
Et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns.
Je vous souhaite l'ardeur d'entreprendre, afin de gouter aux joies de la réussite.
Je vous souhaite de respecter les différences des autres parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite aussi d'adorer le soleil, sans jamais dénigrer les jours de pluies, car eux seuls, donnent naissance aux arcs-en-ciel.
Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à l'aventure.
Je vous souhaite surtout d'être vous. »

Je manque d’originalité en reprenant à mon compte ces belles paroles mais le cœur y est.

Les mots, les mots, les mots envers et contre tous les maux. Les mots en vert de l’espoir. Les mots qui expliquent, précisent, apaisent… N’être jamais à court de mots, en évitant ceux qui cinglent, qui blessent car ceux-ci existent aussi.

Alors en 2010, usez des mots avec sincérité, justesse, tendresse, créativité, exubérance, amour. Des mots des mots des mots des mots des mots

mercredi 30 décembre 2009

J'attends l'impossible



C’est l’amour seul qui peut me sauver et c’est l’amour qui m’a détruit (Sarah Kane) Phrase terrible, insupportable et tellement vraie, sinon que je voudrais en inverser les termes : c’est l’amour seul qui peut me détruire et c’est l’amour qui m’a sauvé !
En quelques heures, je suis tombé raide dingue amoureux d’un homme de vingt ans mon cadet, lui-même sinon détruit en tout cas bien abimé par un chagrin d’amour. Comment est-ce possible ? Cela ne m’était pas arrivé depuis… très longtemps, si longtemps ! C’est une joie et un fardeau. Je voudrais tout faire pour lui, le consoler, l’aider, être à ses côtés au quotidien, alors qu’il traverse une période où il n’est pas capable de s’impliquer de se projeter ; où il a peur de ses émotions, de lui-même et encore plus des autres…
Pour moi, ce qui est positif, c’est que j’accepte cet élan, que je retrouve une libido que je croyais perdue. Ce qui est plus trouble c’est ce rapport à la détresse ou ce que je perçois comme telle, à ma phobie absolue du suicide, une culpabilité qui résonne avec des histoires passées…
A ma décharge, je crois que le monsieur en question n’est pas désagréable à regarder, qu’il est loin d’être con et qu’il exerce dans un domaine artistique un talent certain. Alors, oui, c’est un peu mégalo de croire que moi, petit vieux, je puisse avoir assez de séduction, de savoir faire pour tirer un homme du désespoir et lui faire retrouver l’amour, celui qui sauve ! Et qu’en plus cet amour le porte vers moi !
Mais comme je suis un grand garçon et que je l’aime vraiment, j’espère juste que je peux l’aider et être un ami véritable pour lui.
Bref, je ne sais pas pourquoi j’écris ceci sous « J'attends l'impossible » car j’ai bien l’intention de faire tout ce qui est possible pour faire mentir Sarah Kane.

vendredi 25 décembre 2009

On ne sait jamais


A peine plus d’un an après son suicide, j’ai reçu une photo de Serge via Facebook de la part d’un inconnu utilisant un pseudonyme avec juste la mention « from madgy ». Cette photo faisait partie d’un album titré d’un simple point d’interrogation qui contenait en plus une autre photo de Serge prise au même moment et une image de plage de galets en bord de Méditerranée. Le tout sans légende. Ces photos ont dues être prises peu avant sa mort en 2008.
Serge et Madgy étaient des collègues avec qui je prenais souvent le café entre 1995 et 1999, date de mon départ pour Bordeaux. J’ignorais qu’ils étaient ensemble, je ne l’ai appris que très tard, peu avant de quitter la BnF, j’avais dragué Serge et nous sommes allés chez lui où nous avons baisé assez joyeusement, sans conséquence ni promesse. J’ai gardé avec Serge des relations amicales très espacées. A mon retour de Bordeaux, ils étaient partis s’installer dans le midi. Je l’ai recontacté quand j’ai décidé d’aller vivre à Nice. Il m’a envoyé deux SMS que j’ai gardés dont celui-ci tout début décembre : « Cher François, je me sens  à l’heure actuelle comme un vieil arthritique en lutte contre ses penchants pour l’alcool. De plus je n’ai aucun moyen de locomotion et suis régulièrement pris d’agoraphobie. Il me faudra malgré tout me surpasser dès la semaine prochaine. Attendras-tu jusque-là, me pardonneras-tu tant de délicates  faiblesses ? » Et c’est en arrivant à Nice le 17 décembre 2008 que j’ai appris que Serge s’était pendu. C’est Madgy qui a appelé les numéros enregistrés dans le répertoire du téléphone portable de Serge. J’étais bouleversé et sans doute lamentable avec Madgy dont je me souviens qu’il m’a affirmé que Serge m’aimait bien.
J’espère aujourd’hui que j’aurais l’occasion de renouer le contact avec Madgy. J’ai demandé à l’inconnu sous pseudonyme qu’il lui transmette mes coordonnées.
On ne sait jamais

mardi 8 décembre 2009

Pas d'art sans ego


Vendredi 4 décembre vers 13h30, J. G. arrive à l’hôtel-restaurant de l’Aiglon à Digne, nous y prenons le café avant de partir dans sa voiture vers Moustiers-Sainte-Marie ou plus exactement chez lui à quelques kilomètres du village de Moustiers. Il me fait visiter son atelier de potier où je vois sa production. Il me montre aussi ses dessins, gravures et peintures. J. n’est pas seulement un artisan mais aussi un artiste. Au crépuscule, nous allons à Moustiers faire une petite ballade dans le village avant de rejoindre ses amies Fred & C° au restaurant Le Jadis qu’il a décoré pour une réouverture mercredi prochain. Je souhaitais l’inviter à dîner au restaurant mais il n’y en a pas un seul ouvert le soir à cette saison ! Retour à la maison, après le repas, J. me laisse regarder ses agendas (carnets intimes). C’est beau, intéressant, bouleversant mais très impudique à lire sous le regard de l’auteur. Je saute des passages que j’aurais lu s’il n’avait pas été présent.
Je crois bien que nous sommes devenus amis sur Facebook quand je suis tombé par hasard sur une photo de lui tirant la langue et que je l’ai contacté à ce moment-là, découvrant ensuite son œuvre qui m’a donné envie de le rencontrer et de voir en vrai son travail. J’avais un peu peur de la rencontre dans le réel à cause du côté rebelle, branleur, gay, fêtard et farfelu qu’il se donne sur Facebook et en fait j’ai des grands élans de tendresse pour lui dont j’admire le travail et dont je perçois une fragilité certaine.
Samedi matin, nous allons voir le marché de Riez, parcourir les ruelles du village puis prendre l’apéritif sur une terrasse ensoleillée. J. y retrouve des amis, de nombreuses personnes le saluent, lui font la bise, l’interpelle. Quelle est la part de sa notoriété, de la convivialité villageoise ? C’est une ambiance et des rapports sociaux qui me semblent impossible dans une grande ville. Nous déjeunons en tête à tête au restaurant avant de rentrer chez lui. En fin d’après-midi, J. me raccompagne à la gare de Mézel - Châteauredon à 613,10 mètres d’altitude où je prends le train de 17h46 pour être de retour à Nice à 20h57. Le voyage de nuit ne présente aucun intérêt, sinon que j’obtiens du contrôleur qu’il accepte que je le prenne en photo me tirant la langue. Et un de plus dans ma collection !
En conclusion, un beau voyage, une belle rencontre avec un être de chair et de sang à l’ego appréciable. Pas d'art sans ego

lundi 7 décembre 2009

Penser à sourire






Je rentre de mon second voyage en dix jours. Après Saint-Etienne où j’étais allé participer aux premières assises nationales du cinéma gay et lesbien, j’ai enchaîné avec un voyage à Digne-les-Bains puis Moustiers-Sainte-Marie. Christiane que j’allais voir à Digne et qui devait m’héberger une nuit m’a téléphoné la veille de mon départ pour m’informer qu’elle souffrait d’une grippe carabinée mais comme en plus elle a éclaté en sanglot je pense que son moral est au plus bas même si elle ne m’en a rien dit.
Jeudi 3 décembre à 8h50 je suis monté dans le train des Pignes à la gare du Sud de Nice pour atteindre Digne trois heures et demi plus tard en ayant franchi 151 kilomètres dont 12 sous des tunnels et traversé 33 ponts ou viaducs répartis dans un paysage extraordinaire le long des vallées du Var, du Coulomp, de la Vaïre puis les gorges du Verdon où la pluie qui s’était mise à tomber peu après le départ, s’est transformée progressivement en neige couvrant le paysage de blanc. La descente vers Digne par la vallée de l’Asse s’est continuée sous une pluie fine. A la gare, impossible de trouver un plan de la ville. Je repère le syndicat d’initiative qui est bien sûr fermé… Je me dirige vers le centre culturel où j’ai réservé des places pour le spectacle Cap au pire et Acte sans paroles de Beckett. Non loin de là j’avise trois hôtels et je choisis l’Aiglon à cause du nom (théâtre oblige) et du prix. J’y dépose ma valise et compte tenu du froid, de la pluie incessante, des nuages bas qui masquent les hauteurs de Digne et les montagnes environnantes, je m’allonge jusqu’au moment d’aller voir le spectacle.
Au centre culturel René Char, je vois J. G. arriver avec des amis. Il me reconnait aussi immédiatement, c’est une situation un peu surréaliste, n’étant qu’amis sur Facebook, c’est la première fois que nous nous rencontrons. J’ai beaucoup aimé le spectacle à la mise en scène épurée, avec un comédien, Daniel Bourgy, excellent. Cap au pire au texte proliférant est assez oppressant, Acte sans paroles plus léger même si Beckett y ressasse les mêmes obsessions. Après le spectacle, nous attendons que la compagnie de l’Entre Deux ait rangé tout son matériel avant d’aller diner ensemble (9 personnes) à la Cerise bleue. J. doit me rappeler le lendemain pour me dire ce que l’on fait, s’il m’emmène ou pas à Moustiers. Du coup, malgré le plaisir pris au spectacle et la convivialité du repas,  je me persuade que la neige, le froid, la grippe de Christiane sont les signes annonciateurs d’un voyage raté. Mais non ! J. m’appelle vendredi matin, nous nous donnons rendez-vous vers 13 heures, le soleil éclaire Digne que j’ai le temps de visiter d’autant plus que les églises, la bibliothèque et le musée sont fermés le matin. Je suis rassuré et je peux penser à sourire.

lundi 26 octobre 2009

Il était une fois...


En 1984, je travaillais comme discothécaire (ne pas confondre avec DJ) à la bibliothèque publique de Massy (Essonne) et j'avais monté une exposition sur la musique dans la publicité en rassemblant des affiches et des visuels où l'on voyait des instruments de musique ou des slogans, des citations ayant trait à la musique pour vendre tout et n'importe quoi. J'avais réuni le témoignage de publicitaires qui expliquaient pourquoi une guitare figurait dans leur visuel. Cette exposition d’une vingtaine de panneaux a été conçue pour être itinérante, elle a tourné pendant quelques années principalement dans les bibliothèques en France. Pour l'inauguration à Massy, j'ai invité Thierry Roth-Platen, haute-contre (décédé du sida depuis) accompagné au piano par Denis C., à interpréter des jingles, ces publicités chantées qu’on entendait sur les radios commerciales. J’avais une relation d’amitié amoureuse avec Denis mais cela n’a jamais été plus loin qu’une longue pelle roulée au théâtre Dejazet où Denis avait bu pour lutter contre son stress un soir de première pour son nouveau spectacle. A cette époque je fréquentais assez souvent dans le quartier des Halles, le Look qui appartenait à Yves Mourousi et le dimanche après-midi, j’allais au Palace de Fabrice Emaer pour les Gay Tea Dance. 1984, c’est l’année de la création d’Aides et Vincent Malléa qui s’est beaucoup investi pour ce 25e anniversaire demande pour la rubrique « Votre année 1984 » des témoignages publiés sur le site que vous pouvez atteindre en cliquant sur le titre de ce message. Alors, il était une fois…

mercredi 21 octobre 2009

Regardez les autres

-->

Fermez les yeux, qu’il a dit Sanrankune et dessinez-vous. J’ai fait comme il a dit et voici ce que cela donne. 

Ce n’est absolument pas ressemblant mais, j’ai découvert à cette occasion que je dessinais nettement mieux les yeux fermés qu’ouverts ! Et je vous invite à découvrir les dessins de quelques amis dessinateurs qui eux aussi ont accepté l’injonction de Sanrankune qui a donné l’exemple
Alors maintenant, vous savez ce qui vous reste à faire. Prenez un crayon, un feutre ou un fusain et une feuille de papier et fermez les yeux. Mais n'oubliez pas quand vous les rouvrirez : Regardez les autres

mardi 22 septembre 2009

Regarder le ciel

















 Je viens de passer quelques jours à Paris et pour cette fois j’ai pris l’avion et non le train comme à l’habitude. J’espérais que l’heure et demie de vol serait plus courte que les cinq heures et demie de trajet ferroviaire Nice Paris… Mais comme Air France demande à ce que l’on se présente à l’aéroport avec deux heures d’avance et que les aéroports ne sont pas en centre ville au contraire des gares, le bénéfice en temps est extrêmement faible, le coût du billet nettement supérieur et les inconvénients des consignes de sécurité (fouille, confiscation de mon flacon de mousse à raser, déshabillage pour examen minutieux de ma ceinture abdominale…) sont tels que je n’ai aucune envie de recommencer même si la vue au décollage lors de l’aller et à l’atterrissage au retour est absolument fabuleuse.
Pendant ce week-end du Patrimoine, même si je ne crois ni au Ciel ni aux Enfers, j’ai visité le cimetière du Père-Lachaise en y cherchant des sculptures d’ange à photographier et surtout en suivant la visite guidée que mon ami et collègue Olivier Estiez consacrait aux tombes des Francs-Maçons. Visite passionnante et instructive, riche en découvertes car malgré un grand-père maternel franc-maçon, j’ignorais à peu près tout de cette nébuleuse philosophico-ésotérique à caractère philanthropique et solidaire.

mardi 18 août 2009

Tout est possible


-->

Aujourd’hui, avec mon ami Olivier, nous avons pris le bus 81 de la gare routière de Nice en direction de Saint-Jean-Cap-Ferrat pour aller visiter d’abord la villa grecque Kérylos à Beaulieu-sur-Mer puis à vingt minutes de marche à pied de là, la villa et les jardins Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean. Le trajet par la moyenne corniche est à lui seul un régal pour les yeux.
La villa Kérylos, construite en 1902 est censée être une reconstitution d’une maison de la Grèce antique. De riches matériaux ont été employés : marbre, albâtre, bois exotiques… L’intérieur est richement décoré de mosaïques, fresques, tentures et de nombreuses pièces authentiques côtoient des copies en plâtre. La vue est exceptionnelle que ce soit vers la baie des fourmis, le cap Ferrat ou l’arrière pays montagneux.
Dans la villa Ephrussi de Rothschild qui date de la même époque, tout est plus authentique. Mais j’ai eu l’impression d’être dans la caverne d’un pilleur qui étale avec mauvais goût ses trésors depuis le retable moyenâgeux, les tableaux vénitiens, les porcelaines de Sèvres et de Saxe, les tapisseries des Gobelins jusqu’aux costumes chinois, plus un Boucher par ci, un Watteau par là… L’impression de bric à brac est assez étouffante mais heureusement cette villa est entourée de jardins sur 7 hectares et c’est une splendeur. Jardins est au pluriel car l’on passe du jardin à la française au jardin exotique avec ses cactées extraordinaires puis à la roseraie, au jardin japonais, au jardin lapidaire, au jardin florentin puis espagnol ! Avec d’un côté la vue sur la rade de Villefranche et de l’autre le golfe de Saint-Hospice. Avec un peu d’argent, tout est possible.
Sur le chemin du retour Olivier m’apprend qu’un de ses amis, en vacances en Grèce, a rencontré deux niçois au Parthénon et qu’ils ont dîné ensemble. L’un est aussi effacé que l’autre est séducteur, bavard, connaissant tout et péremptoire dans ses jugements, bref assez vite insupportable. Il lui a cité les noms et c’est le même personnage que j’évoquais avec mon amie Joëlle dans le message du 24 juillet et dont j’avais envie de claquer le museau dans le message du 13 juin. Voilà qui devrait rassurer définitivement Antoine.
Tout est possible