vendredi 4 octobre 2013

Parfois de mon balcon, je vois…



Dans les ateliers de l’Opéra du Rhin par FQ

Parfois de mon balcon, je vois… tout autre chose que ce que je vois. Le cerveau est un mystère. Un grand infidèle, un traducteur interprète mais qui peut faire béquille quand vous perdez pied. Ce que l’on voit, ce que l’on croit comprendre, ce qu’il nous plaît de voir ou de comprendre, tout cela et bien d’autres choses, sont parfois mirages. Il faut du temps, de la patience et de la modestie. Tout dépend du balcon sur lequel je suis au moment où je vois ce que je vois. Voir c’est aussi sentir, ressentir, imaginer, croire, lire, aimer. Cette liste n’est pas exhaustive, ne peut pas l’être. Elle lutte contre le néant. Elle peut se poursuivre d’une autre manière, qui est rarement la mienne, mais parfois, voir c’est aussi déprimer, ne plus rien sentir, ne plus rien ressentir, perdre le goût et les saveurs, ne plus imaginer, ne plus croire, ne plus lire non plus, ne plus aimer étant la pire des choses qui peut nous arriver. Le jour où on n’aime plus regarder les nuages est un triste jour…
Voir est ce chemin qui use nos souliers mais pas que, mais pas seulement. J’aime bien cette usure, alliée du temps, qu’il nous faut apprendre en cheminant : être de plain-pied avec le monde environnant. « Délices de la forêt ensommeillée à l’aube. Depuis une heure, je marche au milieu de la mousse, des fougères, d’un humus tendre et accueillant. Je côtoie de grandes feuilles où perle la rosée, des toiles d’araignées tout embuées d’aurore et sur le sol, j’évite des couples de limaces, agglutinées en une étreinte interminable dans un grand mucus de bave violette. Tout au long du sentier traversant cette forêt, je rencontrerai ces couples enlacés, fondus, soudés par la glu de l’amour, aveugles et sourds, lovés l’un en l’autre en des spirales insécables. J’ai essayé – non sans quelque vergogne, je l’avoue – de séparer un de ces couples. De telles étreintes m’intriguaient. Mais mes doigts glissèrent sur la bave violette, les corps gluants qui se rétractèrent un instant, comme si mon intervention les avait soudés plus encore l’un à l’autre. Les limaces, comme les escargots, sont des mollusques hermaphrodites. Chacun d’eux possède donc des ovaires et des testicules. Mais il ne peut se féconder lui-même. Cette solution – faire l’amour avec soi-même – la nature semble l’avoir réprouvée, épargnant ainsi aux limaces et aux escargots les désarrois du couple solitaire. » (Jacques Lacarrière : Chemin faisant… Fayard, 1977)

Zone de rencontre par FQ

Je n’ai plus peur de la mort. On vit mieux dès que cette mordante conscience du futur s’échappe de vous. Regarder tout de même l’horizon ou le bout du chemin : voir les choses telles que nous les voyons sans nous occuper de celles qui demeureront cachées ou que nous apercevrons parfois, par d’autres fenêtres, d’autres croisillons, d’autres balcons. Parfois... Parfois, on se perd aussi. On croit voir, sentir, ressentir, imaginer, croire, lire ou aimer. Et ce sentier ne mène nulle part. Et vous étiez habitant, résident permanent de ce sentier… C’est l’exil en permanence qui guide nos pas. « Seul est mien le pays en mon âme » écrivait Chagall. De son balcon nomade, il voyait des vaches bleues et des amoureux dans le ciel. Ils y étaient vraiment dans le ciel. Je suis certain qu’il les voyait. Je me souviens du sentier de Nietzche à Èze, où il a senti, ressenti, imaginé, cru, lu et aimé puis écrit son pastiche de la Bible, son Zarathoustra. Me souviens aussi de cette maison dans Èze où habitait le grand écrivain qui a ridiculisé tous les codes du monde littéraire et leurs chemins perdus à jouer à ceux qui voient, sentent, ressentent, imaginent, croient, lisent ou aiment... Notre chemin est une piste de danse, celle de notre regard. Il faut du temps pour apprendre la joie et la danse… chères à Nietzsche…

Les Europhonies à Strasbourg en septembre par FQ

Silence 

Franck Queyraud


Vase communicant avec Flânerie quotidienne

Les vases communicants ?

Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. Beau programme qui a démarré un 3 juillet entre les deux sites, ainsi qu’entre Liminaire de Pierre Ménard et Fenêtres / open space d’Anne Savelli.

Si vous êtes tentés par l’aventure, faites le savoir ici.  

Et les lectures de ce mois sont à poursuivre ici.

Bonnes lectures
 

2 commentaires:

Danielle Carlès a dit…

"C'est l'exil en permanence qui guide nos pas."
Et belle évocation de Chagall et de Nietzsche.

Dzovinar Melkonian a dit…

Splendides ces textes que tu nous proposes ! Grand merci de nous permettre de les découvrir !