jeudi 24 avril 2014

Seule avec le battement de son cœur



Un mur gris sur un ciel gris
Et vice-versa
A la limite des deux
Une chevelure noire
Couchée sur des genoux tremblants
Serrée entre les deux bras maigres
D’une jeune fille accroupie contre le mur gris
Loin derrière le mur, un arbre mort
Étend ses longs bras noirs dans la nuit tombante
Sous les lampadaires blafards
Passe une forme grise
Sur un mur gris
Sous un ciel gris
Que passe ce passant
S’il passe, rien ne se passe
Et la fille pleure et la fille s’endort
Seule avec le battement de son cœur
Seule avec le battement de son cœur
Son cœur qui ne demande qu’à battre
Plus fort et au rythme d’un autre cœur
Son cœur qui voudrait s’arrêter d’émotion
Pour battre, battre à tout rompre
Que passe ce passant
S’il reste, que se passe-t-il ?
L’ombre grise devient un homme
S’accroupit à côté de la fille
Entre eux deux, la chaleur naît
Qui sèche les larmes de la fille, la fille
Qui s’endort sur l’épaule du passant
Seule avec le battement d’un autre cœur…
Et la fille rouvre les yeux pour voir
En face d’elle deux yeux
Deux yeux qui regardent ses yeux
Et l’homme et la fille lèvent les yeux
Pour voir le soleil éclairer la nuit
L’arbre mort et noir lancer ses branches
En avant, se couvrir de feuilles et partir
En dansant vers le soleil rougeoyant
Le mur gris est rouge
Le ciel gris est blanc
L’arbre noir est vert
La fille est femme
L’homme est en elle
Et ils sont seuls avec le battement de leurs cœurs…

Poème publié en 1968 ou 1969 dans le Bulletin programme de la Troupe théâtrale de l’INSA à Villeurbanne (Rhône).

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